
A l’orée des années 90, un nouveau courant musical envahit les ondes des radios sur la planète. Phénomène de société, le Grunge obtient les faveurs de toute une génération d'auditeurs, non sans être largement mis en avant par les grandes majors du disque qui entrevoient la, la nouvelle poule aux œufs d'or. C'est la grande époque du rock alternatif et indépendant, un genre qui n'avait pourtant pas comme vocation de devenir populaire. Cette anomalie, toute droit venu des bas fond de l'industrie musicale, s'est propagé tel un raz de marré et a profondément marqué toute une génération qui fut abreuvé par les grands ténors du moment, port étendard d'un rock sale et brutitiste qui devint toutefois de plus en plus polissé au fil du temps. Mais sous cette étiquette qui a englobé tout et n'importe quoi, dans le seul but de vendre des pelletés de disques et autres produits dérivés, se cache une évolution majeur dans le cercle vertueux de la musique underground. Car, ce que l'on appelle Grunge n'est pas apparu tel quel par magie, mais résulte bien d'une tendance qui s'est développé sur plus d'une décennie.
Le terme Grunge est en soit une aberration, un mot désigné par l'ensemble des producteurs spécialisé en marketing afin de décrire une chose informe, issu de plusieurs courant multiples et diversifiés. Pour ainsi dire, le grunge n'existe pas véritablement puisqu'il reprend dans l'ensemble les traits caractéristiques du mouvement punk-rock. Nihiliste, furieux et accessible dans sa pratique, il reste philosophiquement proche de ce qui est survenu durant les années 70 et 80. Bien sur, on peut lui trouver des différences de par sa musicalité et du message qu'il peut transmettre. Néanmoins, il ne s'agit la que de nuances provenant d'une évolution d'un genre qui a puisé dans sa capacité de se renouveler et de s'inspirer de pratiques déjà existantes.
Des antécédents glorieux

Pour comprendre l'émergence de cette appellation, utilisé à tord et à travers, il faut donc remonter aux origines de la scène punk et se remémorer quelque peu le travail d'un groupe devenu emblématique, de par ce qu'il a apporté à un mouvement qui avait tendance à tourner en rond. Originaire de Portland, Wipers est un groupe qui a façonné une autre image de ce mouvement, en apportant une touche bien plus mélodique et émotionnel que tout autre groupe apparenté punk durant cette période.
Conduit par le talentueux Greg Sage, ce quatuor se démarquait du reste en apportant un son différent et abordant des thématiques plus personnels. La tonalité de la guitare de Greg Sage est très particulière, voir probablement unique, ce musicien étant perfectionniste au point de fabriquer lui-même ses amplis à lampes. Ce qui donne à la fois un coté mélancolique, teinté de colère qui a su toucher le cœur ainsi que les esprits d'un public qui fera parti du noyau dur de la période des années 90. Mémorables, les deux albums sortis coup sur coup en 1979 et 1983, Is This Real et Over The Edge, seront pour beaucoup des disques de chevets, sources d'inspirations pour la suite à venir.
La voix de la contestation

Le début des années 80 est marqué par l'avènement du Hardcore-Punk, dans un pays désormais gouverné par l'impitoyable Ronald Reagan. Une variante dure du traditionnel punk, rapide, énergique créé par une génération désabusé qui vocifère, à qui souhaite l'entendre, leurs propres frustrations, angoisses et haine de l'american way of life. Bien que ce second souffle ouvre une nouvelle voie, la scène a tendance à fonctionner par mimétisme et peine à se renouveler. Bien que le coté binaire du point de vue rythmique et musicale permet une explosion de participants au sein de ce nouveau courant, il n'en demeure pas moins qu'il reste cantonné à une pauvreté artistique uniquement centré autour de l'expression. Faisant ainsi volé en éclat le principe d'anti-conformisme ainsi prôné, puisque chaque groupes se ressemblant pratiquement trait pour trait. Suite à ce constat, deux groupes prendront une direction totalement opposé en guise de protestation.
Le plus emblématique des deux est sans conteste Flipper. Prenant à contre courant, le parti pris des formations alors établis du coté de San Francisco, les membres de ce groupe décident d'ajouter un semblant d’expérimentation dans leurs compositions. Les autres jouent vite ? Faisons chier leur public en réduisant la cadence et épanouissons nous dans la médiocrité sonore. Ce leitmotiv donnera un cachet unique à ces musiciens qui n'hésitent point à couvrir les blancs d'intonation désaccordés. Malgré ce descriptif peu ragoutant, l'ensemble est pour le moins très harmonieux et donne une sensation d'oppression auditif. Notre société est une immondice crasse et aliénante et Flipper excelle à nous transmettre tous ces maux à travers cette ambiance pesante et leurs lyrics désintéressés. Petite anecdote au sujet du groupe : L'ex bassiste de Nirvana : Krist Novoselic fut un temps membre de Flipper durant la fin des années 90 et début des années 2000. Un groupe grunge avant l'heure...

Du coté du Maryland, les petits gars de No Trend furent impressionné par l'attitude des membres de Flipper, à tel point qu'il s'en inspireront afin de créer leur groupe en 1982 et ainsi confectionner une image particulièrement sulfureuse dans le mouvement punk. Surfant sur la vague initié par leurs illustres égéries, ceux ci se considéraient comme anti-hardcore. Un besoin net de couper court au conformisme latent de myriades de groupes qui apparaissaient petit à petit. Le guitariste et parolier Frank Price prenait un malin plaisir à tenir des propos violent à l'encontre de la sous-culture punk. Le groupe était connu pour ses performances scéniques conflictuelles, qui impliquaient normalement d'appâter agressivement leur public et de les provoquer continuellement.
Au delà de ce jeu scénique marquant et qui n'avait que pour but de réveiller les consciences d'un public atrophié par sa culture musicale, No Trend utilise la lourdeur de ses mélodies afin d'aborder des sujets graves et plutôt lié aux conséquences de nos comportements en société. Déja, No Trend abordait le cas de l’insalubrité de notre planète, du comportement égoïste des êtres humains et de leurs asservissement par les institutions bancaires, de la surpopulation et des maladies mentales. A défaut de ne pas suivre le flux du mouvement Hardcore, No Trend était bien plus réaliste et conscient sur certains sujets, qu'ils soient personnels ou non.
Sans le savoir ces deux piliers atypiques du punk-rock ont généré un nouveau genre qui sera plus connu sous le nom de Noise-rock. Une nouvelle ère débute avec sa cohorte d'artistes, en quête permanente de nouvelles sonorités.
Sacré post, toujours un moment de plaisir à te lire qui me replonge souvent dans des souvenirs mémorables. Donc encore un grand merci!
Drôle que tu rédiges un article sur le grunge, alors que pas plus tard que cet aprem, je cherchais s'ils avaient du ''Fecal Matter'' à la médiathèque.. ^^